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Castigat ridendo mores …

mars 17, 2010

Des lustres que ce blog existe et toujours pas de billet sur lui. Des lustres en effet, au premier sens du terme qu’on peut d’ailleurs lui appliquer puisque nous parlerons ici de mon auteur théâtral préféré. À force de lecture je me sens presque devenu son ami et me permet dans l’intimité de l’appeler JB. Mais pour que tout le monde comprenne je parlerais ci-dessous de lui sous son pseudonyme fort connu sur le web et tous les réseaux de tchat qui font (dés)-honneur à sa verve et à sa langue… Molière ! ! !

Jean-Baptiste POQUELIN, JB, est un auteur et acteur d’art dramatique (quoiqu’au final plus proche de la comédie que du tragique) dont on ignore la date de naissance (mais on peut l’imaginer entre les fêtes de Noël de 1621 et l’épiphanie de 1622). Il mourut (paix à son âme) selon la légende sur scène en 1673 en jouant le « malade imaginaire »… Quelle chute. Mickael Jackson n’a rien inventé à la seule différence que Molière a été obligé d’arrêter d’écrire pour cause de décès. Une véritable perte ! Il est l’âme de la Comédie-Française. Je ne parle ici pas tant de l’institution que de l’esprit. Auteur cynique, ironique, comique et bien d’autres termes en « ique » à l’origine de rires non contrôlables lors des représentations de ses comédies. Il est devenu mon maître de plume que jamais je ne rattraperai. Capable de ridiculiser par caricature, comprendre ici au sens propre du mot l’exagération des traits de caractères de ses personnages, il est né pour faire rire les honnêtes gens. Étant pourtant lui-même issus de parents bourgeois maisonnette 😉 Parler de lui trop longtemps gâcherai son travail et je ne puis que vous recommander de lire ses œuvres, ou mieux encore d’aller les voir jouer au théâtre et ce peu importe la troupe, puisque même des enfants peuvent jouer et transmettre à merveille le message quelque peu moqueur de l’auteur sur la société du XVIIème siècle. Je me contenterai alors de citer ci-dessous mes répliques préférées en espérant sincèrement qu’elles vous donneront si ce n’est l’envie de le découvrir  au moins le don de vous faire sourire.

Les Femmes savantes (1672) – Acte II, scène 7

Il n’est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, Qu’une femme étudie et sache tant de choses. Former aux bonnes mœurs l’esprit de ses enfants, Faire aller son ménage, avoir  l’œil sur ses gens, Et régler la dépense avec économie, Doit être son étude et sa philosophie. Nos pères sur ce point étaient gens bien sensés, Qui disaient qu’une femme en sait toujours assez. Quand la capacité de son esprit se hausse À connaître un pourpoint d’avec un haut de chausse. Les leurs ne lisaient point, mais elles vivaient bien ; Leurs ménages étaient tout leur docte entretien, Et leurs livres un dé, du fil et des aiguilles, Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles. Les femmes d’à présent sont bien loin de ces mœurs : Elles veulent  écrire, et devenir auteurs. Nulle science n’est pour elles trop profonde, Et céans beaucoup plus  qu’en aucun lieu du monde : Les secrets les plus hauts s’y laissent concevoir, Et l’on sait tout chez moi, hors ce qu’il faut savoir…

Le Bourgeois gentilhomme (1670) – Acte II, scène 4

–          Quoi ? Quand je dis : « Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit », c’est de la prose ?

–          Oui, monsieur.

–          Par ma foi ! Il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela.

Dom Juan (1670) – Acte V, scène 2

Il y a bien quelque chose là-dedans que je ne comprends pas, mais quoi que ce puisse être, cela n’est pas capable, ni de convaincre mon esprit, ni d’ébranler mon âme, et si j’ai dit que je voulais corriger ma conduite, et me jeter dans un train de vie exemplaire, c’est un dessein que j’ai formé par pure politique, un stratagème utile, une grimace nécessaire, où je veux me contraindre pour ménager un père dont j’ai besoin, et me mettre à couvert du côté des hommes de cent fâcheuses aventures qui pourraient m’arriver. Je veux bien, Sganarelle, t’en faire confidence, et je suis bien aise d’avoir un témoin du fond de mon âme et des véritables motifs* qui m’obligent à faire les choses.

Benjamin GUYOT

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